NOTRE HISTOIRE

La naissance de l’association

À la fin de l’année 2015, l’image du petit Alan étendu sur une plage turque à la suite d’un naufrage choque le monde entier. Elle est le symbole de la détresse de milliers de personnes qui fuient leurs pays d’origine pour trouver refuge en Europe.

Dans le même temps en France, tous les regards se tournent vers le nord: le plus grand bidonville d’Europe se situe à Calais, où survivent dans des conditions indignes des milliers de personnes exilées. À Lorient, alors qu’ils regardent la télévision en famille et découvrent la situation, Liam, 6 ans, demandent à Yann, son père : « Et toi papa, tu fais quoi pour les aider ? »


Le week-end suivant, Yann Manzi et Gaëdig, son épouse, partent pour Calais pour aider pendant trois jours l’association Salam. En rentrant chez eux, choqués par la situation, Yann alerte son fils aîné Gaël et ils décident ensemble de repartir trois semaines sur place pour continuer à aider. Très vite, ils constatent que la coordination citoyenne sur le terrain est inexistante.

De ce constat, Yann, régisseur de camping en festival, Gaëdig, assistante de direction de festival, et leur amie Liza, régisseuse technique dans une compagnie, mettent à profit leurs expériences pour créer Utopia 56. L’objectif de l’association est simple : encadrer le bénévolat et donner une opportunité à toutes et tous de s’engager sur le terrain, sans formation ni engagement de temps minimal requis.

L’association se donne également pour but de donner un autre regard sur la situation migratoire en permettant à chacun⸱e de venir constater la réalité du terrain.

Yann Manzi, cofondateur d’Utopia 56, dans la jungle de Calais en 2016

MOBILISER LES CITOYEN·NES

Dès l’origine du projet, l’idée est donc d’impliquer et de mobiliser les citoyen⸱nes pour venir en aide aux personnes exilées. Dans le bidonville de Calais, dit la “Jungle” de Calais, puis dans le campement de la Linière à Grande-Synthe, les premières missions d’Utopia 56 répondent aux besoins fondamentaux des personnes qu’elle rencontre : organisation et distribution de repas, ramassage des déchets, constructions d’habitation. Des missions accessibles pour tous et toutes, afin de permettre à chacun·e de s’engager et d’améliorer les conditions de vie des occupant·es.

En revenant chez elles et eux, des bénévoles se mobilisent localement, d’abord pour soutenir les actions à la frontière, parler de leurs expériences, collecter des dons, mobiliser leur entourage. Puis constatant les besoins dans leurs villes respectives, ces petits groupes se structurent en antennes et développent des missions adaptées au territoire, pour apporter une aide locale.

Dix ans après sa création, Utopia 56 est présente dans 7 villes en France, à Lille, Paris, Rennes, Calais, Grande-Synthe, Tours et Toulouse, et plus de 350 bénévoles sont mobilisé⸱es chaque jour.

préserver son indépendance

De ses premières expériences au campement de la Linière, ou dans le Centre de Premier Accueil de La Chapelle à Paris, Utopia 56 retient une chose : la détresse humanitaire n’est pas la conséquence d’un manque de moyens. Elle est le produit de choix politiques et institutionnels.

Au printemps 2016, l’association participe à la coordination du camp humanitaire de La Linière, à Grande-Synthe, premier lieu d’accueil digne créé à l’initiative d’un élu local avec le soutien de Médecins Sans Frontières. Quelques mois plus tard, la Ville de Paris sollicite Utopia 56 pour coordonner avec d’autres associations la bulle humanitaire de La Chapelle, avec la promesse d’un accueil inconditionnel. Mais à chaque fois, l’État reprend la main. À Grande-Synthe comme à Paris, les conditions d’accueil se durcissent et une politique de tri des personnes s’impose progressivement. Refusant de cautionner ces pratiques, Utopia 56 choisit de quitter ces deux dispositifs pour poursuivre ses actions sur le terrain, partout où les droits fondamentaux sont bafoués.

Ces deux expériences constituent un tournant dans l’histoire de l’association.

Dès lors, Utopia 56 ne reçoit plus de financement des pouvoirs publics, pour préserver sa liberté de parole et d’action, et afin d’intervenir en toute indépendance auprès des personnes exilées et à la rue. Son financement repose essentiellement sur la générosité de la société civile.

i Proportion des financements d’Utopia 56 :

En 2026, les sources de financement d’Utopia 56 se divisent en trois catégories principales : les dons de particuliers, les dons des fondations et fonds de dotations, et les subventions d’exploitations versées par des associations. Retrouvez le détail de nos financements sur la page Notre financement

S’adapter aux besoins

Au fil des mois qui suivent, constatant de nombreux manquements dans l’accueil des personnes exilées, et notamment des mineur·es non accompagné·es, Utopia 56 tente d’inventer des solutions pour sortir ces jeunes de la rue :

crédit : Olivier Ceccaldi


Dès 2017, à Tours, d’ancien·nes bénévoles de Calais construisent un réseau d’hébergeur·ses solidaires
pour mettre à l’abri ces jeunes dont la minorité a été contestée par le Département.

En ouvrant leurs portes, ils et elles offrent une protection et un accompagnement aux adolescent·es, en attendant d’être audiencé·es par le juge des enfants afin de faire reconnaître leur minorité.

crédit : Pauline Tournier


Toujours en 2017, Utopia 56 s’allie à Médecins Sans Frontières pour créer le projet d’hébergement “Accueillons”.
D’abord à Toulouse, puis en région parisienne, à Tours et à Lille, des maisons d’accueil et des réseaux d’hébergement solidaire voient le jour. Ils permettent à des centaines de jeunes de se reposer dans un environnement stable et sécurisant tout en étant accompagné·es dans leurs démarches judiciaires, pour une reconnaissance de minorité et une prise en charge par les dispositifs de protection de l’enfance.

crédit : Pauline Tournier


En 2021, les maisons d’accueil ferment leurs portes, face à l’augmentation du nombre de jeunes remis à la rue et à l’impossibilité d’offrir un accompagnement similaire à tous·tes.

Les réseaux d’hébergement solidaire, eux, poursuivent leur développement dans les différentes antennes d’Utopia 56, ainsi qu’un projet d’accueil de long terme à Tours, avec la gestion de cinq lieux d’hébergements différents.

TÉMOIGNER ET MILITEr

À force d’être confrontée aux mêmes situations, Utopia 56 fait un constat : face à des situations qui se répètent et des violences institutionnelles systémiques, l’aide humanitaire ne suffit pas. Documenter ces manquements aux droits et interpeller les pouvoirs publics devient alors nécessaire.

En novembre 2020, après l’expulsion violente d’un campement à Saint-Denis, où des centaines de personnes se retrouvent sans solution, Utopia 56 participe à l’installation de centaines de tentes place de la République, au cœur de Paris.

L’objectif de cette manifestation est de visibiliser la situation, et d’obtenir une mise à l’abri pour toutes les personnes expulsées. Le soir même, l’évacuation de ce campement, marqué par de nombreuses violences policières, provoque une onde de choc dans le débat public et marque un tournant dans la visibilité de l’association. Des dizaines de milliers de personnes s’abonnent aux réseaux sociaux de l’association, lui donnant une capacité à alerter dont Utopia 56 choisit de se saisir.

Pour faire en sorte que les situations d’urgence sur lesquelles intervient Utopia 56 cessent, témoigner, alerter et mobiliser devient le prolongement naturel du travail de terrain.

Depuis 2020, Utopia 56 multiplie les actions de visibilisation partout en France. Avec les personnes concernées, elle organise des manifestations, des occupations, et invite les médias à couvrir ces événements. Cela permet d’alerter la population, de donner la parole aux personnes dont les droits sont bafoués, et d’exercer un rapport de force avec les institutions afin que des solutions soient trouvées. Ces actions s’accompagnent d’une forte communication sur les réseaux sociaux, la rédaction de rapport, l’organisation de conférences de presse, de contentieux et de plaintes devant les tribunaux.

En somme, Utopia 56 met en oeuvre tous les moyens à sa disposition pour faire respecter les droits fondamentaux des personnes exilées et à la rue.

RÉPONDRE AUX URGENCES DE TERRAIN

Plus de dix ans après sa création, Utopia 56 continue de faire évoluer ses missions pour répondre aux urgences de terrain.

À Paris et à Rennes, elle crée des Lieux d’Hébergement d’Urgence Alternatifs pour répondre à la saturation du 115. Plusieurs centaines de personnes y sont accueillies chaque nuit, en priorité des familles avec enfants, des femmes seules et des mineur·es non accompagné·es. Ces lieux démontrent qu’un autre modèle d’accueil est possible.

Sur le littoral Nord, l’action d’Utopia 56 se concentre désormais sur l’assistance aux personnes en détresse après une tentative de traversée de la Manche. Les bénévoles distribuent des vêtements secs, des couvertures de survie et des boissons chaudes, déclenchent les dispositifs de mise à l’abri lorsque cela est nécessaire et accompagnent les personnes les plus vulnérables. Dans le même temps, ils et elles documentent les conséquences des politiques menées à la frontière afin d’alerter les institutions et de contribuer à leur évolution.

Dans presque toutes ces antennes, Utopia 56 dédie une partie de ses missions de terrain et de son plaidoyer aux mineur·es isolé·es. Maraudes, suivi, accompagnement, hébergement, recours, recensement, Utopia 56 consacre depuis 10 ans une grande partie de son travail à la protection de ces adolescent·es arrivé·es seul·es en France et la lutte pour le respect de la présomption de minorité.

Ainsi, les activités d’aide d’urgence s’articulent avec des actions de sensibilisation, de mobilisation citoyenne et de plaidoyer. Utopia 56 poursuit ainsi un même objectif : répondre aux besoins les plus urgents tout en agissant pour que ces situations ne se reproduisent plus.

Pour la liberté de circulation

Pour la présomption de minorité


Pour un accueil digne et solidaire, pour tous·tes

En donnant 10 € par mois,
soit 2,50 € grâce à une réduction d’impôt de 75%

Vous permettez le financement d’une maraude par an.